Honte et culpabilité : comprendre la différence pour mieux avancer

Il est fréquent de confondre honte et culpabilité alors que ces sentiments sont différents et véhiculent des messages distincts. Savoir les distinguer aide à mieux cerner nos réactions internes et à réagir de façon plus appropriée.

Deux émotions qui se ressemblent… mais pas tout à fait

La culpabilité surgit quand nous pensons avoir transgressé une règle importante, qu’elle soit morale, sociale ou personnelle. Elle s’exprime par une idée précise : « J’ai fait quelque chose de mal. »
La honte, elle, touche au cœur de notre identité : « Je suis quelqu’un de mal. » Ce n’est plus un acte qui est jugé, mais la personne tout entière.

Autrement dit, la culpabilité se rapporte à ce que nous faisons, tandis que la honte se rapporte à ce que nous sommes.

Le rôle moral de la culpabilité

La culpabilité joue un rôle essentiel : elle nous relie à notre sens moral, à notre conscience. Lorsqu’elle se manifeste, elle signale que nous avons franchi une limite ou blessé une valeur importante. Ce n’est pas une punition, mais une invitation à réfléchir, à réparer, à grandir. Demander pardon, proposer une réparation, apprendre de l’expérience… autant de gestes qui nous permettent de revenir vers nos valeurs profondes.

La fonction sociale de la honte

La honte agit comme un signal social informant l’individu de la crainte d’être rejeté, dévalorisé ou exclu du groupe. Elle rappelle le besoin fondamental d’appartenance. Toutefois, lorsqu’elle persiste ou se répète, la honte peut devenir pesante, suscitant un sentiment d’indignité et incitant au repli plutôt qu’à l’action. Dans ces conditions, l’estime de soi peut s’en trouver fragilisée.

Les reconnaître au quotidien

Distinguer ces deux expériences demande un peu d’introspection. Dans la culpabilité, on ressent souvent un élan vers l’action : expliquer, s’excuser, réparer. L’attention se tourne vers l’autre ou vers la situation.
La honte, au contraire, ramène l’attention sur soi : on voudrait disparaître, on se sent « mauvais», même si rien ne peut vraiment se réparer.

Cette nuance est précieuse : elle nous permet de réagir différemment selon l’émotion.

Quand elles deviennent envahissantes

À faible intensité, ces émotions contribuent au maintien de l’alignement avec les valeurs individuelles et favorisent les relations interpersonnelles. Toutefois, leurs manifestations excessives peuvent avoir un impact négatif. Une culpabilité persistante est susceptible d’entraîner une augmentation de l’anxiété et des ruminations. De même, une honte prolongée peut générer un sentiment d’infériorité et limiter les interactions sociales.

Reconnaître ces signaux d’alarme, c’est déjà un premier pas.

Des pistes pour avancer

Mettre des mots précis. Se demander : « Est-ce mon comportement qui me gêne, ou bien est-ce que je me sens moi-même indigne ? » Cette simple question aide à clarifier.

Accueillir l’émotion. Dans les deux cas, résister ou nier ne fait que renforcer la souffrance. Accueillir ne signifie pas approuver ; cela signifie reconnaître : « Oui, je ressens cela en ce moment. »

Réparer quand c’est possible. Si une action a réellement blessé quelqu’un, un geste, une parole, une réparation concrète allège la culpabilité.

Cultiver l’autocompassion. Parler à soi-même comme on parlerait à un ami permet d’apaiser la honte et de reconstruire l’estime de soi.

S’orienter vers ses valeurs. Dans la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT), on voit la culpabilité comme une boussole : elle signale que nos actes se sont écartés de ce qui compte pour nous. Revenir à ces valeurs donne une direction, au lieu de rester bloquée dans le jugement.

Un accompagnement pour apprendre à réguler

Lorsque la honte ou la culpabilité deviennent envahissantes, l’aide d’une psychologue peut offrir un espace sécurisé pour comprendre leur origine et développer de nouvelles stratégies.

Dans mon cabinet, j’anime également des groupes sur les compétences émotionnelles. Ces ateliers sont conçus pour apprendre à identifier clairement les émotions, en comprendre le message et constituer une “boîte à outils” pour les gérer au quotidien. Nous travaillons ensemble sur l’écoute du corps, la mise en mots, et l’utilisation d’outils pratiques pour traverser ces moments difficiles sans se laisser submerger. Ces groupes offrent un cadre bienveillant pour pratiquer, partager et progresser pas à pas.

Floriane Gautier Psychologue

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